-Histoires de cheveux, (2014)

 

Le 1er mvt de la pièce a été créé à Strasbourg en Mars puis Juin 2014, dans le cadre d'un workshop Musica Strasbourg.

1er mvt - Durée: env.10 min

 

Les autres mouvements sont en projets.

 

Concept global de la pièce:

Oeuvre pour quatuor à cordes / Soprano / Comédien.

1- L’instrumentation et sa symbolique :

Le 1er compositeur à écrire pour quatuor à cordes et voix est Schoenberg avec son 2ème quatuor opus 10, dont le 3ème et 4ème mouvement font appel à une cantatrice qui chante des poèmes de Stefan George.
Depuis cette époque, beaucoup de compositeurs contemporains se sont prêtés à l’exercice, et ont composé pour cette formation.

Et pourtant, en 2013 à Paris, au théâtre des bouffes du Nord, lors d’un cycle consacré à l’œuvre pour « Voix et Quatuor à cordes », les fameux 3ème et 4ème mvt du quatuor à cordes de Schoenberg font

scandale.
Le public pouffe de rire, s’indigne, se moque et sort !

Et cela à Paris, en 2013...

Ajouter une voix humaine et féminine de surcroit au sacro-saint quatuor à corde, fut sans doute trop demander à l’auditoire et reste encore à notre époque, porteur de sens et provoquant le public au fin fond de ses entrailles culturelles.

Lorsque j’ai choisi d’utiliser le quatuor à cordes pour ma pièce « Histoires de cheveux », je ne savais pas encore que Schoenberg avait déjà fait de même.
Et c’est justement en toute conscience de cette symbolique, et de ce qu’elle provoque chez l’auditeur, que j’ai choisi d’utiliser le quatuor à cordes.

Car, oui, il représente la pure tradition classique écrite, « savante » / et est ainsi la parfaite antithèse à mon texte « La rockeuse de diamant » (1er mvt).

Ce choix d’instrumentation, était donc complètement conscient et voulu de ma part.
Il est ainsi pour moi dans mon 1
er mvt, une véritable provocation, et un jeu de dérision.

Ainsi, dans ce 1er mvt, l’écriture du quatuor à cordes est très complexe et savante / et le texte et traitement de la voix sont, à l’opposé, tirés de l’univers chansons du hit parade des années 80, et des cris gutturaux du métal rock.

2- Description du concept globale.
"Histoires de cheveux" est une suite musicale de 5 pièces dédiée aux femmes. Toute la pièce se situe dans un seul espace, un seul lieu : le salon de coiffure.

5 portraits de femmes, qui ne se ressemblent pas, s'opposent, se contredisent, et pourtant, ne font finalement qu'une.
Il y a en chaque femme, toutes ces femmes à la fois: La séductrice, la mère, l'homme devenant femme, la femme malade se masculinisant, et la femme de notre millénaire, celle qui court, court, court.......pour assurer sur tous les fronts.

Leur point commun? Les cheveux.

Le cheveu: symbolique féminine. Leitmotiv et fil conducteur de la pièce. Il fait les transitions et reste présent tout le long de la pièce.

+La 1ère femme:
"La rockeuse de diamants".
Elle est la séductrice, la femme fatale.
Beaucoup de références et citations de chansons françaises, j'emprunte, j'en ris, et « Hop là Georges », vous le rends madame: passant ainsi de Gainsbourg, C.Lara, Dorothée, à C.Berberian, et pourquoi pas Shakespeare, et sa lady Macbeth.
Ces références à la chanson, au populaire, au blues, elles sont voulues. On pourrait penser à une parodie, mais.............non, la rockeuse bascule, nous montre ses faiblesses, toute sa fragilité.
Et finalement, c'est dans un grand cri tragique final, qu'elle nous fait entendre, toute sa détresse.

« Pingouins du désir, Ro-ses d'un dimanch, En costards et cravates. HARNAIS!

Cravache aux sentiments
EN SCELLE!
A mes hanches Arnaque-accroch.........chcchchch..... Et chevauch'!

"ça fait mal Johnny Johnny...."

Les rats quittent le navire! Malfrat, DEHORS
Bellâtre, ENCORE

"ça fait mal Johnny Johnny...."

NOEUD!
Papillon ENFONCE!
Va, vole
TIENS MOI FORT Cajole,

"Fais moi mal Johnny, Johnny,
ça fait mal Johnny, Johnny,............................."

CA FAIT MAL! »

+La 2ème femme est la mère:
"Caresse dans mes cheveux".
La mère caressant les cheveux de son enfant.
La mère douce, attendrie, attentionnée caressant l'enfant qui rêve.

Pièce douce, avec des éléments de berceuse, et emprunt de surréalisme. L'enfant en demi-sommeil, passe du conscient à l'inconscient, rêve-réalité.

+La 3ème femme: l'homme coiffeur devient femme: le transsexuel.
Il veut aussi des cheveux longs, il est complètement fasciné par la rockeuse de diamant. Textes: aussi ici des extraits de Jean Genêt: « Le funambule » et « Notre dame des fleurs ».

+La 4ème femme est la femme actuelle.
"Il court, il court le furet"
Celle qui court et ne peut plus s'arrêter.
Carriériste, maman rêveuse, séduisante, mais qui n'a pas le temps de s'entretenir.

+La 5ème femme: l'amazone.
La danseuse atteinte d'un cancer du sein, se bat, continue de danser, jusqu’à la mort. Puis figurative, elle disparaît. Elle ne dit plus le texte, car n’est plus. C’est le comédien qui la raconte.
Elle est figure figée de la mort, figée dans la dignité et la grâce.
Et elle aura donc ici le rôle d’instrument, 5
ème voix du quatuor.

3- Places et rôles de la chanteuse et du comédien dans la pièce : Dans toute la pièce, il y a un déplacement des rôles.

+La chanteuse :
Au début, elle est le rôle principal, le personnage central.
Elle se raconte, et a beaucoup de textes.
Puis au fur et à mesure, elle prend la place du personnage symbolique, et prend le rôle d’instrument : elle n’a plus de texte. Elle est instrument / purement musical.
Et elle est racontée par un autre.

+Le comédien :
Il suit, lui, le développement contraire.
Au début, il est simple rôle figuratif : 2d rôle, rôle symbolique, presque muet.
Il est le coiffeur dans le 1
er mvt / Et il est l’enfant caressé par la mère dans le 2ème mvt. Puis au fur et à mesure il prend la parole et devient lui-même femme dans une des pièces : le transsexuel.
Et dans la dernière pièce, c’est lui qui aura tout le texte, non chanté, dans un grand monodrame final.
C’est lui qui racontera la chanteuse, (qui elle est devenue instrument et rôle symbolique).

4- Déplacement des symboliques dans toute la pièce :
Ainsi le déplacement, le glissement, se fait aussi au niveau des symboliques :

Le comédien : il se transforme en femme. On passe ainsi, d’homme / à femme. De cheveux courts / à cheveux longs.

 

La chanteuse : elle se transforme en « homme ». Elle passe de femme fatale à femme malade.
De cheveux longs / à cheveux courts car atteinte du cancer et perdant ses cheveux qu’elle coupera sur scène.

Il y a aussi un glissement du point de vue du sens, tout au long de la pièce :
On passe du superficiel : la « Rockeuse de diamant », séductrice, qui avec humour et références de chansons, nous raconte sa vie légère.
Ainsi, glissement du superficiel au très dense, profond et intérieur : la maladie, et la mort de cette femme.

5- La dimension poétique :

Dans cette pièce, la dimension poétique, est très importante.
La dimension poétique de cette œuvre, dépasse sa dimension socio-culturelle.
Ce n’est pas une œuvre à revendication politique, pour les droits des femmes.
Cette pièce, en effet, parle des femmes, est écrite, composée et jouée par des femmes, mais ce n’est pas dans un but de revendication.
C’est une plongée pour le spectateur dans cet univers féminin, et toute sa poésie.
Le seul but est poétique et musical, rien de revendicateur. 

 

Charlotte Torres